Le 30 juin Moody’s publie que les banques françaises sont en risque. Les marges sur les crédits immobiliers et les taux des prêts immobiliers sont trop bas.

A la suite de cette publication, des medias font sonner l’alarme, mentionnent le scénario catastrophe (french subprimes) et font le lien avec d’autres événements :

Le 15 juin  dans le cadre de la crise Grecque, Moody’s met sous la loupe les prêteurs français Société Générale, Crédit Agricole et BNP Paribas.

Le 1er juillet, Trichet et la BCE lancent les signes avant coureurs d’une remontée des taux alors que des banques françaises baissent les grilles de taux immobilier de juillet.

Et si la catastrophe pouvait être initiée par des analyses tronquées d’agences comme Moody’s ?


Moody’s omet de dire  que les banques françaises utilisent le crédit immobilier comme produit d’appel.

Le prêt immobilier n’est pas proposé seul. Les banques proposent des taux d’intérêts avec une faible marge compensée par des produits associés et de « l’équipement bancaire » complémentaire :

  • L’assurance du crédit et de la garantie

Malgré l’ouverture à la concurrence de l’assurance crédit n’a pas amené à la disparition de l’assurance « groupe ». Elle fait valoir l’intérêt de l’assurance groupe pour les emprunteurs de plus de quarante ans. La caution mutuelle apporte un revenu complémentaire à la banque et contribue à une analyse du risque approfondie.

  • L’équipement bancaire de l’emprunteur

Les cartes bancaires, les moyens de paiements et l’absence de rémunération des comptes courants attirés par le prêt immobilier contribuent à la marge bancaire.

  • L’équipement de la maison

L’assurance habitation, la protection vol de la maison apportent à la banque des revenus récurrents.

  • L’équipement quotidien

L’assurance voiture, la téléphonie, l’assurance santé complètent les revenus et la connaissance des besoins du client.

On peut conclure que les indicateurs anglo-saxons ne sont pas à appliquer tels quels à la pratique du crédit immobilier française. Celle-ci est sécurisée par :

  • Les évolutions continues de la réglementation et en particulier la protection du consommateur qui impose des délais de réflexion, la possibilité de remboursements anticipés et la contribution d’une tierce partie, l’organisme de cautionnement, dans l’analyse du risque.
  • La nature des contrats de travail à durée déterminée français pérennisent le revenu. La protection sociale vient en compléter le dispositif.
  • L’imbrication en profondeur dans l’activité financière de l’emprunteur par les produits complémentaires permet à la banque de s’appuyer sur une appréciation continue du risque emprunteur.

Ces dernières années, plutôt agitées pour l’industrie bancaire, aucune banque française n’a mis la clef sous la porte. Nous ne pouvons que conseiller aux analystes de Moody’s de détailler l’évolution progressive de l’activité crédit immobilier vers davantage de concurrence et de remarquer que sur cette activité, les banques françaises :

  • ont une analyse de risque solide, souvent complétée par les organismes de cautionnement
  • « margent » en toute sécurité avec des produits associés et avec l’équipement bancaire complémentaire.
  • s’appuient sur l’ouverture à la concurrence pour renforcer leur offre.

Ce serait donc plutôt l’abaissement injustifié par Moody’s de leur notation qui risquerait de créer la catastrophe.

2 Réponses

  1. BRAR

    Vos justifications ne sont pas très convaincantes. Le crédit immobilier comme produit d’appel pourrait se compenser par les éléments que vous avancez à l’échelle d’UNE banque. Mais à l’échelle d’un secteur, ces pratiques concurentielles sont un jeu à somme nulle. On se pique mutuellement des clients mais rien ne montre que cela en amène plus pour l’ENSEMBLE DU SECTEUR. Et donc, rien ne montre qu’au final on écoule plus des produits que vous citez POUR L’ENSEMBLE DU SECTEUR. Ensuite, même si cette première condition était remplie, il faudrait encore chiffrer si au total le secteur s’y retrouve en faisant « cadeau » de sa marge sur le crédit pour refiler d’autres produits. Mais vous ne donnez aucun chiffre à l’appui de vos dires.
    C’est un peu léger pour remettre en cause à la fois ce que conclut Moody’s et aussi, avant elle, C. Noyer qui dirige la Banque de France et s’est lui aussi inquiété du phénomène.

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    • olivier

      Je ne dis pas que les banques font « cadeau » de leur marge sur le crédit immobilier.
      Les banques font un effort sur le taux du crédit immobilier afin de collecter des produits bancaires.
      Leur marge sur le taux d’intérêt reste largement positive. De plus, pour la majeure partie des dossiers, les banques margent aussi sur l’assurance et sur la caution de garantie.

      Depuis le 1er janvier 2011, 200 000 primo-accédants ont signé un PTZ+ et un crédit principal. Ces nouveaux emprunteurs viennent d’entrer sur le marché du crédit immobilier. Toutes les banques en ont profité. Certaines plus que d’autres. Le marché du crédit immobilier n’est donc pas un marché fermé, les pratiques concurrentielles n’y sont pas un jeu à somme nulle.

      Sans expérience en matière de crédit immobilier, les primo-accédants sont très sensibles au taux d’intérêt du crédit. Prendre en compte le coût global du crédit et le coût de l’activité bancaire requiert de l’expérience. Sur le segment des nouveaux emprunteurs, la pratique concurrentielle mentionnée est particulièrement efficace pour attirer les nouveaux venus.

      J’attends de Moody’s, organisme de notation basé à New York, qu’il prenne en compte les spécificités du marché Français du crédit immobilier plutôt que d’appliquer des ratios standard. Incidemment, Moody’s remet en question la solidité d’un des fondements de l’activité bancaire française. Avec l’Euro qui souffre, ces approximations sont malvenues.

      Pour ce qui est de C. Noyer, rappelons son commentaire sur le sujet « s’il y a besoin de donner des orientations plus ou moins précises et impératives au secteur bancaire je le ferai ». Il ne l’a pas fait.

      Enfin, rappelons aussi qu’en cette période agitée aucune banque française n’a fait faillite.
      On en déduit que :
      – Les organismes de contrôles français sont vigilants.
      – Le secteur bancaire français prouve sa solidité.
      N’en déplaise aux donneurs de leçon de New York.

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